Une organisation engage les bons experts, mobilise les ressources convenues et conduit l’intervention dans le respect de ses engagements contractuels. Le projet est achevé, les livrables sont conformes, le calendrier a été tenu, et les difficultés qui avaient motivé la décision persistent.
À retenir
- Près de la moitié de la valeur perdue par les transformations l’est avant la mise en œuvre, selon McKinsey.
- Un mandat dit ce que le commanditaire veut faire. Il ne démontre pas que cette action traite la cause du problème.
- Face à un mandat, le cabinet doit pouvoir le confirmer, le recadrer ou refuser l’intervention.
Le cas n’a rien d’exceptionnel.
En 2021, McKinsey a interrogé 1034 dirigeants et cadres ayant participé à une transformation au cours des cinq années précédentes. Moins d’un tiers la jugent réussie. Et même parmi celles qui le sont, les répondants estiment n’avoir obtenu en moyenne que 67% du bénéfice financier qu’elles pouvaient produire. En 2024, Bain établit à partir d’une enquête auprès de plus de 400 dirigeants qu’environ 12% des transformations atteignent leur ambition initiale.
Ces chiffres appellent une réserve, que la rigueur impose de formuler. Ils sont déclaratifs, internationaux, et chaque étude définit le succès à sa manière.
Le conseil cite volontiers un autre chiffre, selon lequel 70% des transformations échoueraient ; Mark Hughes a montré en 2011 qu’aucune donnée empirique fiable ne l’établit. Les ordres de grandeur sérieux convergent pourtant sur un point : l’écart entre ce qu’une intervention promet et ce qu’elle produit est la norme, non l’exception.
Le premier réflexe consiste alors à interroger l’exécution.
Les moyens étaient-ils suffisants, les équipes ont-elles appliqué les recommandations, le changement a-t-il été accompagné ? Ces questions sont légitimes. Elles arrivent souvent trop tard dans le raisonnement, car une part décisive de l’écart se forme avant la première action. McKinsey situe près d’un quart de la valeur perdue dans la seule phase de fixation des objectifs, et près de la moitié avant le début de la mise en œuvre.
Une organisation peut exécuter avec rigueur la réponse à une question qu’elle aurait dû formuler autrement. Cette possibilité engage directement la responsabilité du conseil. Avant de déterminer comment exécuter un mandat, il faut établir ce qui le justifie, quelles hypothèses il contient et si son périmètre donne prise sur le problème qu’il prétend traiter.
Une demande d’intervention contient déjà une lecture de la situation
Une direction sollicite rarement un cabinet en présentant des faits bruts, sans interprétation ni préférence quant à la réponse attendue.
La demande arrive formulée : renforcer les équipes, restructurer l’organisation commerciale, accompagner les managers, reprendre le contrôle de l’exécution.
Chacune de ces formulations exprime un besoin réel. Chacune contient aussi une hypothèse. Renforcer les effectifs suppose que la capacité est la contrainte déterminante. Restructurer suppose que l’organisation actuelle contribue suffisamment aux difficultés pour justifier sa modification. Former suppose que les compétences individuelles sont le levier pertinent. Ces hypothèses sont souvent fondées. Elles ne le deviennent pas du seul fait qu’un décideur les formule.
Les dirigeants le savent. Dans une enquête publiée par la Harvard Business Review en 2017, Thomas Wedell-Wedellsborg a interrogé 106 dirigeants de 91 entreprises privées et publiques, dans 17 pays. 85% jugent leur organisation mauvaise pour diagnostiquer ses problèmes, et 87% estiment que ce défaut leur coûte cher.
Le diagnostic n’est pas une faiblesse que les directions ignorent ; c’est une faiblesse qu’elles reconnaissent et que leurs processus de décision reproduisent.
Les travaux de Paul Nutt en donnent le mécanisme. Sur 356 décisions prises par des dirigeants d’organisations privées, publiques et associatives, aux États-Unis et au Canada, il établit qu’environ la moitié échouent. Il montre surtout que la manière dont une décision commence pèse sur son issue. Les décisions qui partent d’une solution imposée d’emblée ne sont pleinement mises en œuvre que dans 42% des cas. Celles qui commencent par fixer le résultat attendu atteignent 58%. La démarche la plus exigeante, qui part de l’écart entre la performance constatée et une norme, atteint 92%, mais seules 7% des décisions étudiées l’emploient.
Entre une difficulté observée et la solution envisagée, plusieurs opérations intellectuelles ont donc déjà eu lieu : des faits ont été sélectionnés, des explications retenues, des alternatives écartées. Le mandat cristallise ce travail préalable. Il dit ce que le commanditaire souhaite faire ; il ne démontre pas que cette action traite le mécanisme qui produit la situation.
La première responsabilité d’un cabinet consiste à examiner la relation entre trois éléments distincts : le résultat recherché, les causes présumées de l’écart et l’intervention demandée. Lorsque cette relation résiste à l’examen, le mandat se confirme. Lorsqu’elle ne résiste pas, la qualité du conseil se mesure à sa capacité à le dire.
Le problème qu’une organisation décrit dépend de la manière dont elle fonctionne
Une entreprise ne produit jamais une lecture neutre de ses propres difficultés.
Chaque fonction dispose de ses informations, de ses contraintes, de son périmètre de responsabilité et de ses critères de performance. La direction financière lit les marges, les engagements et la trésorerie. Les opérations lisent la capacité, les délais et les écarts de production. Les fonctions commerciales lisent les marchés, les cycles de vente et les revenus. Les ressources humaines lisent les compétences, les effectifs et les dynamiques managériales.
Ces lectures sont nécessaires, et aucune ne suffit.
Un même dysfonctionnement produit alors plusieurs diagnostics concurrents, chacun cohérent avec le périmètre de celui qui le formule. La recherche en stratégie l’a théorisé : Markus Baer, Kurt Dirks et Jackson Nickerson analysent les obstacles prévisibles auxquels se heurte la formulation des problèmes stratégiques dès que des équipes hétérogènes abordent des problèmes complexes et mal structurés. Rittel et Webber l’avaient posé dès 1973 à propos des problèmes publics les plus complexes : « The formulation of a wicked problem is the problem! »
La difficulté s’aggrave lorsque ces lectures engagent des intérêts.
Une direction hésite à remettre en cause des engagements qu’elle a elle-même pris. Un manager préfère demander des moyens plutôt que modifier son organisation. Une fonction défend ses objectifs locaux alors que leur combinaison dégrade la performance globale.
Ces comportements relèvent rarement d’une résistance délibérée. Ils résultent de responsabilités mal articulées, d’incitations contradictoires ou de contraintes que chaque acteur connaît sans pouvoir les modifier. Le diagnostic doit donc examiner les dysfonctionnements observables et, avec eux, les conditions qui ont conduit l’organisation à les interpréter comme elle le fait. Cette lecture est à la fois économique, opérationnelle, organisationnelle et, lorsque la situation l’exige, politique. Elle ne s’arrête pas à ce que les acteurs déclarent, sans présumer pour autant qu’ils se trompent.
Un symptôme appelle plusieurs diagnostics, et un diagnostic plusieurs décisions
Prenons un cas construit pour l’analyse, et inspiré d’une mission.
Une entreprise voit sa croissance s’accompagner d’une dégradation progressive de ses délais de livraison. Plusieurs clients stratégiques expriment leur insatisfaction, les équipes opérationnelles travaillent sous tension, et la direction envisage de renforcer l’encadrement et les effectifs.
Cette réponse est pertinente à deux conditions : que la charge excède réellement la capacité disponible, et que l’organisation utilise déjà cette capacité de façon cohérente. Or trois situations distinctes produisent les mêmes symptômes.
Dans la première, la contrainte est productive. Le volume de travail dépasse durablement les moyens disponibles sur certaines compétences ou certains équipements. Les priorités sont claires, les processus fonctionnent, et les retards découlent d’un déséquilibre entre charge et capacité. Investir dans les ressources est alors le bon levier.
Dans la deuxième, la contrainte est organisationnelle. Les équipes disposent d’une capacité théorique suffisante, mais les changements de priorité, les reprises de travaux, les interruptions et les défauts de coordination en consomment une part importante. Recruter absorbe temporairement ces pertes sans en corriger l’origine, et en augmente le coût.
Dans la troisième, la contrainte relève de la gouvernance. Les engagements commerciaux ne correspondent pas aux capacités validées, plusieurs responsables imposent des priorités concurrentes, et les décisions d’allocation restent ambiguës ou remontent systématiquement à une direction déjà saturée. Le problème dépasse alors l’organisation locale du travail. Il touche aux règles selon lesquelles l’entreprise accepte ses engagements, arbitre ses ressources et distribue l’autorité.
Ces situations se combinent souvent : une entreprise manque de ressources, les coordonne mal et entretient des arbitrages contradictoires. L’enjeu n’est donc pas de découvrir une cause unique cachée derrière les apparences. Il consiste à déterminer quels mécanismes contribuent le plus à l’écart, quelles contraintes le rendent persistant et quels leviers modifient la trajectoire.
Départager ces hypothèses exige des observations précises : charge réelle par compétence, capacité effectivement mobilisable, fréquence des changements de priorité, origine des reprises, conditions d’acceptation des engagements, délais d’arbitrage.
Le diagnostic recherche aussi ce qui contredirait chaque explication.
Si les équipes suivent des priorités stables et que les retards apparaissent lorsque la charge dépasse une capacité mesurable, l’hypothèse d’un déficit de ressources gagne en solidité. Si les retards se concentrent autour de changements d’engagements ou de décisions contradictoires, une intervention sur les effectifs cesse d’être une réponse suffisante.
L’expertise ne consiste pas à substituer l’intuition d’un consultant à celle du dirigeant. Elle consiste à départager des explications concurrentes à partir d’éléments assez probants pour orienter l’action.
Changer le diagnostic impose souvent de changer le niveau de décision
C’est la conséquence la plus délicate d’une requalification du problème.
Une direction opérationnelle a l’autorité de modifier des processus, d’organiser ses équipes ou de recruter dans un budget défini. Elle n’a pas, le plus souvent, celle de modifier une politique commerciale, de réviser des engagements contractuels ou de redistribuer les responsabilités entre membres d’un comité de direction.
Si le diagnostic établit que ces éléments sont des causes déterminantes, le périmètre initial de l’intervention devient insuffisant. La question n’est plus seulement de savoir quelle solution serait pertinente. Il faut établir qui a l’autorité de la décider.
Les organisations le reconnaissent elles-mêmes. Dans l’enquête que McKinsey a conduite en février 2018 auprès de 1228 dirigeants et cadres, 20% seulement jugent que leur organisation excelle dans la prise de décision. Les répondants consacrent en moyenne 37% de leur temps à décider, et 61% estiment que la majeure partie de ce temps est mal employée. Bain, sur dix ans de recherche et plus de 1000 entreprises, établit une corrélation entre l’efficacité des décisions et la performance des entreprises, avec un niveau de confiance d’au moins 95%.
La répartition de l’autorité pèse sur le résultat.
Dans une enquête publiée en novembre 2024, Gartner rapporte les réponses de plus de 3000 directeurs des systèmes d’information et responsables technologiques, et de plus de 1100 autres dirigeants : 48% des initiatives numériques atteignent ou dépassent leurs objectifs de résultats métier. Ce taux atteint 71% dans le groupe que Gartner nomme « Digital Vanguard », où directions métier et direction technique partagent la responsabilité de la livraison. La corrélation ne démontre pas la causalité, mais elle désigne le bon objet : la manière dont l’autorité est distribuée fait partie du problème à traiter.
Une organisation peut comprendre parfaitement une difficulté et rester incapable de la résoudre, parce que la décision requise appartient à un niveau qui n’a pas été associé au mandat. Ailleurs, plusieurs acteurs détiennent chacun une part du pouvoir nécessaire, sans mécanisme explicite pour arbitrer leurs désaccords. Le cabinet produit alors une recommandation techniquement irréprochable et organisationnellement inexécutable.
Un mandat peut être clair dans son périmètre contractuel et insuffisant dans son périmètre décisionnel. La responsabilité du conseil ne consiste ni à s’approprier l’autorité du dirigeant, ni à contourner la gouvernance établie. Elle consiste à rendre cette limite explicite : qui décide, qui doit être consulté, qui peut légitimement s’opposer, qui assume les conséquences, qui détient les ressources, qui portera l’exécution une fois la mission engagée. Sans réponses claires à ces questions, le risque n’est pas seulement celui d’un retard. C’est celui d’un dispositif incapable d’agir sur les mécanismes mêmes qu’il prétend corriger.
Confirmer, recadrer ou refuser
Un cabinet n’a pas vocation à remettre systématiquement en cause la lecture de son commanditaire.
La contradiction n’est ni une méthode de diagnostic, ni une preuve d’indépendance intellectuelle. Un dirigeant qui connaît son organisation en profondeur, qui a déjà confronté plusieurs hypothèses et qui sollicite une intervention sur un problème caractérisé attend une exécution, non un diagnostic prolongé artificiellement, qui ne créerait aucune valeur.
À l’inverse, accepter sans examen un mandat dont les prémisses restent fragiles revient à transférer dans l’exécution une incertitude qui devait être traitée en amont. Trois décisions doivent donc rester ouvertes au moment où le cabinet s’engage.
- Confirmer le mandat, lorsque les faits soutiennent le diagnostic initial, que les moyens correspondent au résultat attendu et que les responsabilités sont établies.
- Recadrer le mandat, lorsque l’analyse révèle une autre cause déterminante, une contrainte ignorée ou la nécessité d’agir à un niveau différent de celui envisagé.
- Suspendre ou refuser l’intervention, lorsque les conditions indispensables au résultat ne sont pas réunies et que le commanditaire ne veut pas ou ne peut pas les modifier.
La troisième possibilité doit être assumée. Une mission peut être commercialement attractive et stratégiquement mal engagée. Un cabinet peut disposer de l’expertise demandée sans détenir, dans le cadre proposé, les leviers nécessaires aux effets recherchés. Accepter dans ces conditions conduit à une situation où chaque partie respecte formellement ses engagements, tandis que le problème initial demeure.
L’indépendance professionnelle ne se limite donc pas à formuler un avis différent. Elle consiste parfois à renoncer à une intervention dont la promesse et les conditions d’exécution sont incompatibles.
L’urgence ne supprime pas le diagnostic, elle en change les exigences
Cette position ne doit pas conduire à la dérive inverse, qui ferait de la recherche du bon diagnostic un prétexte à l’inaction.
Dans une entreprise confrontée à une crise de trésorerie, à la rupture d’une opération critique ou à la dégradation rapide d’une relation stratégique, le temps est lui-même une contrainte. La direction ne dispose pas de plusieurs semaines pour examiner toutes les causes. Elle doit décider alors que des informations déterminantes restent incertaines.
L’enjeu consiste à distinguer deux catégories d’action.
- La première stabilise : elle contient la dégradation, préserve les ressources critiques, sécurise les obligations essentielles et maintient les options ouvertes.
- La seconde transforme : elle agit sur les mécanismes qui produisent durablement le problème.
Ces deux mouvements se conduisent souvent en parallèle, mais ils ne répondent pas à la même exigence de preuve. Une mesure de stabilisation se justifie par le risque immédiat et par sa capacité à préserver des marges de manœuvre, sous réserve de ses effets secondaires et de sa proportionnalité. Une transformation structurelle exige une compréhension plus approfondie des interdépendances, des responsabilités et des conséquences durables. Confondre ces deux horizons expose l’entreprise à des décisions difficiles à inverser, prises sur des informations insuffisantes.
L’urgence n’autorise pas à traiter le problème arbitrairement. Elle impose de décider ce qui doit être sécurisé immédiatement et ce qui doit encore être établi avant d’engager l’organisation.
Du diagnostic à l’arbitrage : trois natures de réponse
Lorsque les causes et les contraintes sont suffisamment qualifiées, la question devient décisionnelle. Tous les écarts n’appellent pas la même réponse.
- Certains exigent de trancher. Une activité durablement incompatible avec la trajectoire économique, des mandats contradictoires, une allocation de ressources devenue insoutenable ou un arbitrage constamment différé appellent une décision explicite, et quelqu’un pour la porter.
- D’autres appellent un repositionnement. Une fonction conserve sa valeur mais se trouve mal située. Une compétence existe mais s’exerce dans un périmètre inadapté. Un processus fonctionne localement tout en produisant des contradictions à l’échelle de l’organisation.
- D’autres enfin doivent être travaillés. Une compétence insuffisante se développe, une pratique managériale évolue, un dispositif opérationnel s’améliore par l’entraînement, la mesure et l’apprentissage.
Cette distinction change la nature des interventions. Former lorsqu’il faut arbitrer ajoute du contenu à un système qui continue de produire les mêmes contradictions. Trancher lorsqu’il faut développer détruit des capacités que l’organisation aurait pu faire progresser. Repositionner sans clarifier les responsabilités déplace la difficulté sans la résoudre.
Ces catégories ne sont pas des réponses automatiques, et une même situation exige souvent plusieurs décisions articulées dans le temps. La qualité d’une intervention dépend pourtant autant de la nature de l’arbitrage que de la compétence mobilisée pour l’exécuter.
Le véritable test : le mandat permet-il de produire le résultat attendu ?
Avant d’engager une intervention, cinq questions doivent recevoir des réponses précises.
- Quel écart justifie la mission, et à quels indicateurs se mesure-t-il ?
- Quelles hypothèses expliquent cet écart, quelles observations les soutiennent et lesquelles les invalideraient ?
- Quelles décisions faudra-t-il prendre si le diagnostic se confirme ?
- Qui détient l’autorité de les prendre, et quelles parties prenantes en conditionnent l’exécution ?
- Quelles capacités l’organisation possède-t-elle déjà, lesquelles faut-il construire ou mobiliser, et à partir de quels résultats faudra-t-il corriger la trajectoire ?
Ces questions ne forment pas une procédure universelle. Elles éprouvent la cohérence entre le problème, le mandat et la capacité d’intervention. Un périmètre techniquement complet échoue parfois à ce test. Une intervention volontairement limitée le réussit, si elle agit sur une contrainte déterminante, dispose des moyens nécessaires et produit un résultat vérifiable.
L’enjeu n’est pas de maximiser l’étendue de la mission. Il consiste à déterminer le niveau minimal d’intervention capable de modifier réellement la situation.
Cette exigence suppose de distinguer le résultat contractuel du résultat organisationnel.
McKinsey estime qu’un cinquième de la valeur perdue par les transformations l’est après la fin de la mise en œuvre. Livrer un diagnostic ne signifie pas que la direction a arbitré. Faire adopter une nouvelle organisation ne signifie pas qu’elle fonctionne. Déployer un outil ne démontre pas que les décisions se prennent mieux. Augmenter l’activité ne prouve pas que l’entreprise crée davantage de valeur.
La qualité d’une exécution s’apprécie donc au regard des effets que l’intervention devait permettre, et non de la seule conformité de ses livrables.
Ce que cette exigence implique pour Scaling Force
Scaling Force intervient dans les environnements où la qualité des arbitrages et la capacité d’exécution conditionnent la trajectoire d’une organisation.
Cette réalité impose une méthode : ne pas partir de la solution demandée, mais établir le problème, son niveau, ses contraintes et les conditions de sa résolution.
L’analyse confirme une demande de recrutement, de formation, de transformation, de restructuration ou de développement commercial lorsque les faits la soutiennent. Elle révèle aussi que la difficulté principale se situe parfois ailleurs.
Selon la situation, l’intervention relève du conseil, de la gouvernance, du pilotage ou de la direction opérationnelle, jusqu’à la reprise temporaire d’une fonction ou d’un pôle, et mobilise, lorsque l’exécution l’exige, une capacité spécialisée. Ces niveaux ne sont pas interchangeables. Ils découlent du diagnostic, de l’arbitrage et de la capacité réelle de l’organisation à exécuter les décisions nécessaires.
Cette approche engage le cabinet. Elle suppose d’accepter qu’une demande initiale soit confirmée, qu’un mandat doive être recadré ou qu’une intervention ne puisse être engagée dans les conditions proposées. Elle exige de maintenir un lien explicite entre ce qui a été compris, ce qui a été décidé et ce qui doit changer dans le fonctionnement de l’organisation.
La responsabilité professionnelle ne s’arrête pas à la pertinence d’une analyse. Elle s’étend à la possibilité de transformer cette analyse en décisions soutenables, puis en effets observables.
Un mandat correctement exécuté ne prouve pas, à lui seul, qu’une entreprise a progressé. C’est le changement obtenu dans sa trajectoire, sa performance ou sa capacité d’action qui en établit la valeur.
Cette exigence commence avant la première recommandation, par une question que tout cabinet devrait poser, y compris lorsque la réponse risque de modifier le mandat proposé : traitons-nous le problème qui justifie réellement notre intervention ?
Sources et références
Repères intellectuels
- Thomas Wedell-Wedellsborg, « Are You Solving the Right Problems? », Harvard Business Review, janvier-février 2017. Enquête auprès de 106 dirigeants de 91 entreprises privées et publiques dans 17 pays. hbr.org
- Horst W. J. Rittel et Melvin M. Webber, « Dilemmas in a General Theory of Planning », Policy Sciences, vol. 4, 1973. Travaux sur les politiques publiques, mobilisés ici pour leur portée conceptuelle. doi.org
- Markus Baer, Kurt T. Dirks et Jackson A. Nickerson, « Microfoundations of Strategic Problem Formulation », Strategic Management Journal, vol. 34, n° 2, 2013, p. 197-214. doi.org
- Paul C. Nutt, « Surprising but True: Half the Decisions in Organizations Fail », Academy of Management Executive, vol. 13, n° 4, 1999, p. 75-90. Étude de 356 décisions de dirigeants d’organisations privées, publiques et associatives aux États-Unis et au Canada.
- Marcia Blenko, Michael Mankins et Paul Rogers, « The Five Steps to Better Decisions », Bain & Company, 2013. Programme de recherche de dix ans portant sur plus de 1000 entreprises. bain.com
Données
- McKinsey & Company, « Losing from day one: Why even successful transformations fall short », 7 décembre 2021. Enquête en ligne du 18 mai au 29 juin 2021, 1034 répondants ayant participé à une transformation au cours des cinq années précédentes. mckinsey.com
- McKinsey & Company, « The science behind transformations: Protecting value from day one », 17 février 2022. mckinsey.com
- McKinsey & Company, « Decision making in the age of urgency », 30 avril 2019. Enquête en ligne du 13 au 23 février 2018, 1228 répondants. mckinsey.com
- Bain & Company, communiqué du 15 avril 2024, « 88% of business transformations fail to achieve their original ambitions ». Enquête auprès de plus de 400 dirigeants et cadres supérieurs. bain.com
- Gartner, communiqué du 6 novembre 2024, « Only 48% of Digital Initiatives Are Successful ». Enquête auprès de 3186 directeurs des systèmes d’information et responsables technologiques dans 88 pays, et de 1126 autres dirigeants. gartner.com
- Mark Hughes, « Do 70 Per Cent of All Organizational Change Initiatives Really Fail? », Journal of Change Management, vol. 11, n° 4, 2011, p. 451-464. research.brighton.ac.uk
Portée des données. Ces enquêtes reposent sur des déclarations de dirigeants et de cadres, sur des échantillons internationaux ou nord-américains, et chaque étude définit le succès à sa manière. Elles éclairent des ordres de grandeur ; elles ne décrivent pas spécifiquement le marché français. Le cas développé dans la troisième partie est construit pour l’analyse. Inspiré d’une mission, il n’en restitue ni l’entreprise, ni les chiffres, ni la chronologie.
